DePoly a inauguré le 6 juillet dernier son usine de démonstration sur le site chimique de Monthey. Une étape majeure pour cette start-up valaisanne, désormais capable de produire, à l’échelle industrielle, du PTA à partir de déchets plastique. Une prouesse technologique saluée par l’ensemble de l’écosystème valaisan, qui accompagne l’entreprise depuis ses débuts.
L’usine permet de transformer divers déchets plastiques, notamment du PET et du polyester, en PTA (acide téréphtalique purifié), l’un des composants essentiels du plastique. Cette matière première, entièrement issue du recyclage, peut ensuite être réutilisée par les fabricants de plastique, ouvrant la voie à une véritable économie circulaire.
« DePoly est né d’une urgence à agir face à la pollution plastique, qui est partout », explique Bardiya Valizadeh, co-fondateur de l’entreprise. « Il aurait fallu des décennies pour développer cette technologie. Il fallait le faire, mais surtout le faire vite, grâce à l’ingénierie et à la chimie. » Six ans après sa création, DePoly a réussi à déployer sa technologie à l’échelle industrielle. « C’est une rapidité incroyable, que nous avons pu réaliser grâce à l’écosystème valaisan et suisse », souligne le co-fondateur. Parmi les innovations clés de cette réussite : le réacteur DePoly, capable à terme de recycler tous types de déchets plastiques, du simple emballage à d’autres matériaux plus complexes (textiles par exemple), sur un seul équipement. « L’usine de Monthey n’est pas une finalité. Nous allons la déployer à plus large échelle. »
Un accompagnement sans faille de l’écosystème valaisan
Pour Paul-André Vogel, directeur de CimArk, cette inauguration est avant tout le fruit d’une équipe exceptionnelle. « Ce sont de brillants chercheurs devenus des entrepreneurs. Ils ont été suffisamment tenaces pour que cette usine puisse voir le jour à Monthey. »
Il rappelle également le contexte particulier dans lequel évolue la start-up. « L’équipe sait naviguer par beau temps, comme en 2024 lorsqu’elle a été élue numéro un des start-up suisses. Mais l’année suivante, l’environnement de l’investissement a changé. Le problème du plastique, lui, n’avait pas disparu. C’est juste l’humain qui a changé ses priorités. »
Le passage au stade industriel a représenté un défi de taille. « Comment convaincre que cela va fonctionner ? C’est ce qui a demandé le plus d’efforts. Construire une usine, c’est bâtir une nouvelle industrie. » Pour Paul-André Vogel, cette réussite prouve qu’une recherche d’exception peut se transformer en réalité industrielle. « Et c’est fait ici, à Monthey, terre de tradition industrielle. Sans l’accompagnement du canton du Valais et de tous les acteurs de l’écosystème, cela n’aurait pas été possible. L’investissement dans la deeptech est un investissement de long terme, et cela finit par payer. » Un investissement consenti notamment par le Canton du Valais et les partenaires de Promotion économique Valais.
Monthey, terre d’accueil pour l’industrie… et l’innovation
Fabrice Thétaz, président de Monthey, salue une étape historique pour sa commune. « Notre ville vit au rythme de l’industrie chimique. Nous avons forgé notre prospérité sur cette industrie. Aujourd’hui, il faut produire, mais en harmonie avec l’environnement. DePoly n’est pas une usine de plus, c’est la preuve que notre industrie sait se réinventer. »
Il met en avant l’alignement des forces qui a permis cette réussite. « Il n’y a pas de magie derrière tout cela. C’est un alignement parfait entre les autorités publiques, CimArk, la Fondation The Ark et les investisseurs privés. En choisissant Monthey, DePoly honore notre passé et prépare notre avenir. »
Un pont entre recherche et application commerciale
Samantha Anderson, co-fondatrice de DePoly, voit dans cette usine une transition essentielle entre la recherche et la réalité industrielle. « Un nouveau chapitre s’ouvre aujourd’hui. C’est un pont entre l’innovation scientifique et l’application commerciale, une première étape qui va nous permettre de recycler davantage de plastique. »
Elle insiste sur la notion de résilience, plus que de simple durabilité. « Nous voulons être un maillon de la chaîne pour une économie plus circulaire. Notre technologie fonctionne, mais elle sert aussi à créer la confiance auprès des clients et des consommateurs. L’écosystème de Monthey a été très important pour nous, il nous a accueillis à bras ouverts. »
L’usine DePoly en chiffres
- 500 tonnes de PTA : capacité de production annuelle de l’usine. Le PTA (acide téréphtalique purifié) est un composant clé du polyester, utilisé en combinaison avec le monoéthylène glycol (MEG) pour produire du PET
- Plus de 100 entreprises et fournisseurs impliqués dans la réalisation de l’usine
- Environ 100 équipements différents installés sur le site
- Plus de 1’100 instruments et vannes
- 3 kilomètres de tuyaux
- 1,5 kilomètre de câbles électriques
- Plus de 10’000 heures d’ingénierie ont été nécessaires pour concevoir l’usine
Le plastique, un défi planétaire
- 450 millions de tonnes de déchets plastique sont produits chaque année dans le monde
- 90 millions de tonnes de PET et de polyester ne sont pas recyclées chaque année
- 20% du pétrole mondial est utilisé pour produire du plastique
- Environ 500 milliards de bouteilles PET sont produites chaque année dans le monde, soit 60 millions chaque heure
- 57% des fibres textiles produites sont à base de polyester, un type de plastique
- Moins de 10% : c’est le taux moyen de recyclage du plastique dans le monde
C’est à cette problématique mondiale que DePoly entend répondre, à son échelle, grâce à sa technologie développée et déployée en Valais.
